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 Virginia Otis ~ Do you like ghost stories?

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MessageSujet: Virginia Otis ~ Do you like ghost stories?   Sam 28 Juin 2014 - 0:19

“ Virginia Otis de Cheschire

« Jessica Chastain »

• Prénoms, Noms; Virginia Margaret Otis, duchesse de Cheschire
• Date et lieu de naissance; 16 octobre 1853 à New York (USA)
• âge; 30 ans (en 1883)
• Groupe; humains
• Race; humaine
• Autre;

♦♦ TELL ME WHO YOU ARE

• Who Am I; Joyeuse, légère, piquante, cynique, têtue. Malgré sa condition de noble dame, Virginia dénote fortement parmi ses congénères anglais. Ils prêtent d’ailleurs cela à ses origines américaines : trop moderne, trop excentrique... Un peu cow-boy (ils n’osent pas l’avouer) ? Cependant la jeune femme ne cesse de fasciner le gotha. Jeune femme enthousiaste, elle croque la vie à pleine dents et ne manque jamais de courage face aux épreuves de l’existence. Malgré cela, elle garde une part de secret, de non-dit. Personne, pas même son mari, n’a réussi à lui tirer les vers du nez. Elle emportera son secret dans la tombe… Ce secret lui a pourtant apporté un étrange équilibre dans l’existence. L’idée de la mort ne lui fait pas peur, au contraire. L’aventure et les voyages la passionnent plus que jamais et ses récits sont redemandés dans les soirées mondaines ! Découvrir davantage, se confronter à l’inconnu,… Virginia a une soiffe insatiable et elle ne perd pratiquement jamais le sourire face au danger ce qui a de quoi inquiéter régulièrement son entourage. Cela pourra bien lui jouer des tours tôt ou tard… Qui sait ?
• What I look like; Grande brindille aux boucles de feux, sa peau de lait fait ressortir davantage encore le bleu de ses yeux. Toujours très élégante, dans des robes longues de dentelles et de broderies, elle affectionne cependant les tenues les plus confortables possibles toujours dans des tons clairs, pastels. Point de corset trop serré, la jeune femme se pare qu’en de grandes occasions de ses bijoux (toujours les mêmes, dont un très beau collier de rubis ancien, qu’elle conserve précieusement dans un vieux coffret en bois que quelqu’un de très spécial lui a offert). Elle revêt souvent des tenues d’équitation ou d’homme quand l’envie lui prends de respirer au grand air sur le dos de sa jument.
• I'm not human;Virginia croise des aliens mais elle n’en est pas encore une jusqu’à preuve du contraire !



♦♦ TELL ME YOUR STORY



    PART I : Le Fantôme des Canterville

    Ce jour de l’année 1868 où monsieur Hiram B. Otis, ministre américain, acheta le vieux domaine de Canterville Chase, tout le monde confia qu’il était fou ! Aucun doute à ce sujet. Quel bêtise de s’encombrer de ce manoir ! Personne n’avait le moindre doute sur la question : il était hanté. Lord Canterville lui-même, qui était un homme d’honneur droit dans ses bottes, avait particulièrement tenu à informer Mr Otis lorsqu’ils discutèrent des conditions de la vente.

    « Nous ne voulons plus habiter ici, dit Lord Canterville, depuis que ma grand-tante, la duchesse douairière de Bolton, a été effrayée au point de s’évanouir. Elle ne s’en est jamais vraiment remise… Et c’est bien normal : deux mains de squelettes se sont posées sur ses épaules au moment où elle s’habillait pour le dîner ! Et je dois vous dire Mr Otis, que le spectre a été vu par diverses personnes de ma famille actuellement en vie, ainsi que par le recteur de la paroisse, le révérend Augustus Dampier, diplômé de King’s College de Cambridge ! Vous rendez-vous compte ? Depuis l’incident, aucun de nos jeunes domestiques n’a voulu rester auprès de nous et il est arrivé souvent à mon épouse de passer des nuits blanches à entendre des bruits étranges dans le couloir et la bibliothèque...

    -Lord Canterville, fit le ministre, je suis prêt à prendre le mobilier et le fantôme à la valeur estimée s’il le faut. Je viens d’un pays moderne, où nous avons tout ce que l’argent peut acheter ; et puis le Nouveau Monde ne tardera pas à avoir ses propres fantômes : autant s’y mettre tout de suite, n’est-ce pas ? lança-t-il d’un ton taquin.

    -Je… crains que le fantôme existe bel et bien Mr Otis, fit le Lord anglais avec un sourire gêné. Il est connut depuis plus de trois siècles maintenant. Depuis 1584 exactement, et il fait toujours une apparition avant la mort d’un membre de notre famille…

    -Tout comme mon médecin de famille, rétorqua l’américain, quelque peu moqueur.

    -Vous êtes certainement très « nature » en Amérique, répondit Canterville, très perplexe, mais si vous ne voyez pas d’inconvénients à la présence d’un fantôme dans la maison, alors tout va bien… Cependant vous voudrez bien vous rappeler que je vous ai averti. »

    C’est ainsi qu’après cet étrange entretien, la vente fût conclue, et à la fin de la saison le ministre et sa famille s’installèrent à Canterville Chase.

    Mrs Otis, qui portait le doux nom de Lucretia, avait été une beauté célèbre à New York et était à présent une fort belle femme entre deux âges, de bonne constitution et chez qui l’instinct animal tenait une grande place. Leur fils ainé, prénommé Washington dans un instant de patriotisme de ses parents (qu’ils regrettaient encore), était un jeune homme blond et joli garçon qui avait gagné sa place dans la diplomatie américaine en ouvrant le bal du casino de Newport trois années consécutives. Et même à Londres, il était connu comme excellent danseur. L’aristocratie était sa seule faiblesse mais pour le reste il était tout à fait censé. Miss Virginia M. Otis était une fillette de quinze ans, aussi charmante qu’une biche, avec une belle liberté dans ses grands yeux bleus. C’était une amazone remarquable. Elle s’était faite remarquée lors d’une course en parcourant deux fois tout le circuit du parc et gagnant d’une bonne longueur au grand ravissement du jeune duc de Cheschire qui lui demanda aussitôt sa main. Il fût renvoyé chez lui derechef par ses tuteurs, les yeux pleins de larmes. Après Virginia venaient les jumeaux, qu’on surnommait habituellement les « Stars and Stripes » car ils recevaient en permanence des corrections pour leurs bêtises toujours plus inventives...

    Arrivée à la gare un soir de juillet où les attendait une voiture, ils furent conduit jusqu’à leur nouvelle maison. Le temps était superbe, mais le ciel commença à se couvrir quand le véhicule pénétra dans l’avenue de Canterville Chase. Un calme bizarre sembla s’emparer de l’atmosphère et un vol de corneilles passa silencieusement au dessus de leurs têtes lorsque la famille descendit enfin de la voiture.

    « Comme cela est typique ! s’exclama Mrs Otis avec ravissement en prenant à témoin ses enfants.

    -Oui c’est…commença Washington, incrédule.

    -Plein de personnalité ? » osa Virginia en haussant les épaules.

    Sur le perron du manoir, les attendait une vieille femme vêtue de soir noire avec un bonnet et un tablier blancs. Mrs Umney était l’ancienne gouvernante des Canterville et Lady Canterville avait lourdement insistée pour que les Otis la reprennent à leur service. Ce qui fût fait. Elle leur fit une grande révérence et leur souhaita la bienvenue d’une voix étrangement démodée puis les guida à travers la maison pour les installer dans la grande bibliothèque lambrissée de chêne noire, où un thé chaud était déjà servi. Ils se débarrassèrent de leurs manteaux et s’installèrent en contemplant, curieux, les lieux qu’ils allaient désormais habiter. Tout à coup Mrs Otis aperçu une tache sur le parquet et avertie Mrs Umney qui lui répondit avec un petit sourire désolé :

    « Oui, madame, on a rependu du sang à cet endroit.

    -C’est horrible ! s’écria Mrs Otis. Je n’aime pas les taches de sang dans la salle de séjour. Nettoyez cela tout de suite ! »

    La vieille femme lui sourit de nouveau et se mit à lui raconter l’histoire de Lady Eleanor de Canterville qui fût assassinée à cet endroit par son mari, Sir Simon de Canterville en 1575. Sir Simon disparut ensuite dans des circonstances mystérieuses. Son corps ne fut jamais retrouvé mais son esprit hante encore le manoir. La tache était impossible à enlever selon elle puis quitta la bibliothèque.

    « Pfff ! Ne l’écoutez pas, maman. Tout ça, c’est de la blague ! s’écria Washington Otis. Un coup de détergent et il n’y en aura plus » dit-il rassurant.

    La tache fut donc enlevée à grand coup de produits de nettoyage. Puis elle revint le lendemain. On l’effaça de nouveau. Puis le lendemain, le surlendemain et le jour qui suivit… La bibliothèque était pourtant fermée à clé durant la nuit. Mrs Otis, qui s’était vaguement intéressée aux sciences occultes, assurait qu’une tache de sang, rattachée à un crime, étaient permanentes. Ils essayèrent donc de ne plus prêter attention à l’étrange tache sur le parquet. Seul Washington continuait de s’obstiner à la faire disparaitre.

    Mrs Umney ne cessait chaque jour de mettre en garde la famille aux malheurs à venir :

    « J’ai vu de mes yeux, Monsieur, des choses, dit-elle un matin, qui ferait dresser les cheveux sur la tête de n’importe quel chrétien ! Et nombreuses sont les nuits où je n’ai pas fermé l’œil à cause de choses épouvantables qui se passent ici. »

    Mr Otis et son épouse assurèrent une énième fois à la vieille femme qu’ils n’avaient pas peur des fantômes. Elle leur jeta un regard effaré puis s’en alla sans rien dire après avoir fait une révérence bien basse. Lucretia suggéra à son mari qu’elle se demandait bien qui, du fantôme ou de cette femme rabougrie, était le plus effrayant… Mr Otis gloussa avant de s’allumer un cigare.
    Quelques jours s’écoulèrent jusqu’à ce qu’un cri fende le silence de la nuit. Mrs Otis, qui avait été réveillée par des bruits étranges dans le couloir, s’était retrouvé nez à nez avec le spectre.

    « Il est horrible vous dis-je ! S’exclamait-elle pour la dixième fois au moins, en tremblant dans les bras de son mari entourés par leurs enfants. C’est un vieillard tout gris, les yeux enfoncé dans leurs orbites, les vêtements en lambeaux et pleins de chaines sur les épaules !... Je ne pourrai plus dormir ! Non !

    -Allons allons, fit Hiram Otis en tapotant doucement l’épaule de Lucretia, il ne vous a rien fait de bien méchant.

    Mais elle semblait ne pas l’écouter.

    -Son visage… Tant de douleur dans ce visage, disait-elle, terrorisée.

    Le docteur prescrivit des calmants à Mrs Otis pour l’aider à dormir. Les jours suivant, Mr Otis et ses fils ne se lassaient pas de plaisanter au sujet du fantôme « ridicule » de Canterville. Virginia, elle, ne riait pas et préférait se taire.

    Pendant ce temps-là, le fantôme n’en resta pas à un coup d’essai. Au fil du temps, la tache qui était consciencieusement effacée se mit à changer brutalement de couleur passant du rouge vermillion, au rouge sombre avant de passer brutalement au vert. Et le spectre ne se priva pas d’apparaitre plusieurs nuits dans le couloir en faisant tinter ses chaines. Les jumeaux Otis prirent très à cœur le fait de multiplier les bêtises en présence du Canterville trépassé. Et les deux terreurs remarquèrent un fait intéressant : plus on lui lançait des objets de toutes sortes à la figure moins il se manifestait. Imaginez leur enthousiasme face à la tâche… Cela forçait presque l’admiration. Chandeliers, oreillers, jouets,… Tout ou presque dans la maison passa au travers de l’ectoplasme. Petit à petit, il sembla que le fantôme des Canterville soit définitivement parti et la vie reprit son cours le plus normal. On n’évoquait à présent très rarement le sujet mais toujours en plaisantant. Même Mrs Umney se gardait bien d’en parler de nouveau.

    Quelques mois après toute cette agitation, Virginia et son nouvel ami le jeune duc Cecil de Cheschire se promenèrent par les prés de Brockley où elle déchira tellement ses vêtements à travers une haie qu’elle se résolut, en rentrant, de monter par l’escalier dérobé afin qu’on la voit pas dans cette état. Comme elle passait en courant devant une des chambres de service inoccupée, dont la porte était entrouverte, elle pensa voir quelqu’un dans la chambre, pensant que c’était la femme de chambre de sa mère. Elle y entra pour lui demander de faire une reprise à sa robe quand elle réalisa soudain qu’elle était en présence du fantôme de Canterville en personne ! Il était assis à la fenêtre, contemplant les arbres au dehors, sa tête appuyée contre sa main. Toute son attitude traduisait un désespoir extrême. Il avait l’air si perdu et en si piteux état que la jeune Virginia ne parvint pas à se décider à s’enfuir et s’enfermer à double tour dans sa chambre. Elle était soudain remplie de pitié pour le spectre. Elle voulait le réconforter. Son pas fût si léger lorsqu’elle entra dans la pièce qu’il ne s’aperçut même pas de sa présence dans son dos, jusqu’à ce qu’elle lui parle :

    « Je suis désolée pour vous, dit-elle. Mes frères rentrent demain de leur séjour chez notre oncle en Ecosse. Mais… si vous vous conduisez bien, personne ne vous ennuiera.

    -Il est absurde de me demander de bien me conduire
    , répondit-il d’une voix grave en se retournant vers la jeune fille. Absolument absurde. Depuis des siècles, J’avais tout juste la force de secouer mes chaines et gémir à travers les murs pour qu’on me prête attention. C’était ma seule raison d’être.

    -Ce n’est pas une raison d’être
    , répliqua Virginia un peu sèchement. Vous avez été quelqu’un de très méchant. Mrs Umney nous a dit que vous aviez tué votre femme.

    -Oh !
    s’exclama longuement le fantôme dans un souffle rauque. Comme les apparences peuvent être trompeuses, Virginia.

    -C’est terrible de tuer qui que ce soit !
    fit l’enfant, scandalisée.

    -Si vous saviez, petite, fit le Canterville avec un étrange sourire. Les faits deviennent des histoires et les histoires deviennent des légendes. Les mots s’éparpillent à travers le temps et finalement il reste tout sauf la vérité…

    -Qu’est-ce que vous me racontez-là ?
    demanda-t-elle, perplexe.

    -Ah…Vous n’avez pas remarqué ? Vraiment ? S’étonna l’ectoplasme.

    -Quoi donc ?

    -Ne trouvez-vous pas que votre gouvernante semble plus vieille que tout le manoir lui-même et ce qu’il contient ?


    Un frisson parcourut le dos de Virginia, la glaçant jusqu’au sang.

    -Je… Je ne comprends pas…, balbutia-t-elle en tremblant.

    -Nous n’avons pas beaucoup de temps, Virginia, fit le fantôme en se relevant difficilement avec sa stature de vieillard. Je n’ai pas compris tout de suite les signes vous concernant, c’est de ma faute. Je n’ai pas fais suffisamment attention à ce message gravé sur le mur de la bibliothèque…

    Virginia ne comprenait rien. S’en était trop !

    -Assez ! s’écria-t-elle en frappant du pied sur le parquet. Vous êtes …, commença-t-elle avant de reprendre un peu de calme mais de pointer un doigt menaçant sur le fantôme. Vous êtes malhonnête, monsieur. Vous savez comme moi que vous avez volé les couleurs de ma boite à peinture pour raviver cette ridicule tache de sang dans la bibliothèque. Vous avez commencé par prendre tout mes rouges : je ne pouvais plus peindre de couchers de soleil. Puis vous avez pris le vert émeraude et le jaune de chrome. Finalement il ne me restait plus que le blanc de Chine et de l’indigo. J’en ai été réduite à peindre des clairs de lune ! Qu’y-a-t-il de plus déprimant qu’un clair de lune ? Et de plus difficile à peindre ? Je vous le demande… J’ai été bien trop généreuse de ne pas vous dénoncer, fit la jeune fille avec un regard noir, les poings sur les hanches avant de perdre de nouveau son sang froid en s’écriant. ET POUR L’AMOUR DU CIEL : QUI A JAMAIS ENTENDU PARLER DE SANG VERT EMERAUDE ?

    -Oh…Si vous saviez
    , fit le spectre avec des yeux ronds. Il ne s’était pas attendu à tant d’étincelles de la part de la rousse. Vous me plaisez beaucoup, Virginia, fit le Canterville avec un sourire.

    -Retenez-vous donc un peu, fit l’américaine en levant fièrement le menton. Vos effusions sentimentales ne me feront pas changer d’avis sur le fait que vous êtes une crapule.

    -Je suis une crapule, vous avez bien raison
    , répliqua-t-il avec un sourire songeur avant d’être surpris par un étrange spasme.

    -Que vous arrive-t-il ? S’inquiéta la jeune fille.

    -Il… ne faut pas… perdre de temps, fit le spectre avec une respiration sifflante avant de plonger son regard dans celui de Virginia. Il va falloir me faire confiance. Quoi qu’il arrive.

    -Allez-vous partir ?
    demanda l’enfant, intriguée.

    -Oui. Maintenant taisez-vous et écoutez-moi très attentivement, Virginia : je ne suis qu’un prisonnier ici et j’agonise depuis des siècles. Mrs Umney est… disons ma geôlière. Elle me garde ici pour se nourrir de mes forces. Je disparaitrais si personne ne fais rien.

    -Et… Que… que dois-je faire ?
    demanda Virginia, très pâle, se sentant plus impuissante que jamais.

    -Elle cache des choses dans le grenier. Il y a là-haut un coffret très ancien avec un collier à l’intérieur : c’est le seul moyen pour que je quitte cet endroit.

    -Pourquoi n’y allez-vous pas ?

    -Je ne peux pas ! Je sais que ce n’est pas facile ce que je vous demande et il va falloir être très courageuse, Virginia. Mais j’ai confiance en vous.


    Virginia resta interdite, les yeux toujours plongés dans ceux de ce spectre de plus en plus étrange. Au bout d’une minute de silence, elle parvint à desserrer les dents :

    -Mrs Umney… Qui est-elle ?... Qu’est-ce qu’elle peut faire ? demanda-t-elle en tremblant.

    -Je ne vous demande pas de comprendre, fit le Canterville d’un ton compatissant. Mais Mrs Umney… n’est pas humaine. Elle est d’une race très ancienne que vous croyez être des chimères sur Terre. Une sorte de gargouille. Elle se nourrit d’énergie puissante et pure. Votre famille, les humains, ne l’intéresse pas.

    Virginia continuait de regarder ce fantôme déblatérer des choses parfaitement absurdes pour le commun des mortels. Elle ne savait pas si elle devait rire, pleurer ou tout simplement devenir folle. Son regard ne flanchait pas pourtant, digne.

    -Le grenier vous dites ? dit-elle en se dirigeant vers la porte.

    -Oui… Mais je vous en supplie, Virginia : faites attention qu’elle ne vous voit pas faire, avertit le vieil homme translucide, courbé sur sa chaise.

    La rouquine lui lança simplement un petit sourire et quitta la pièce pour reprendre sa course dans l’escalier vers les étages supérieurs…

    D’un pas léger comme la plume, la jeune fille prit une porte de service pour rejoindre le troisième étage, elle vérifia discrètement que personne ne se trouvait dans le couloir et fila bien vite en direction de la porte qui menait vers le grenier. Arrivée à celle-ci, Virginia trouva bien évidemment porte close. Elle resta quelques instants à jeter des regards inquiets par-dessus son épaule en espérant que personne ne vienne à l’étage. Puis par un hasard (ou pas) immense, elle trouva la clé simplement pendue à un clou juste à côté de la porte. Alors qu’elle la tournait dans la serrure, l’enfant se dit que Mrs Umney ne devait pas cacher de secrets bien immenses en haut pour laisser la clé ici. Gravissant tout doucement l’escalier poussiéreux, elle évita tant bien que mal de faire grincer le bois centenaire. La rouquine se retrouva auprès d’une trappe dans le plafond qu’il ne lui resta plus qu’à pousser et enfin pénétrer dans l’antre de la gargouille. La jeune Otis jeta un regard circulaire dans la pièce ne trouvant rien de particulièrement suspect au milieu des coffres, des vieux meubles et autres tableaux démodés recouverts de vieux draps.
    Prudemment, elle avança en plissant davantage ses yeux dans la pénombre. Rien. Virginia avait beau se tourner et se retourner dans cette pièce sous les toits du manoir, elle ne trouvait rien de suspect. Mais après tout, elle n’avait touchée à rien et se voyait mal revenir auprès du spectre agonisant en lui disant qu’elle avait tout bonnement échouée. Toujours avec une infime précaution elle s’approcha d’un plus grand tas de bric à brac qu’elle trouva et souleva le grand drap poussiéreux qui le recouvrait pour se retrouver en face d’une large console de métal sombre recouverte d’innombrables boutons, leviers et autres symboles étranges. Les lumières de la console s’allumèrent à l’instant où elle souleva le drap. Paniquée par les divers bruits et cliquetis de l’étrange machine, elle se hâta de l’examiner sous toutes les coutures tout en surveillant les bruits dans l’escalier menant à la trappe. Elle commençait à maudire tout et n’importe quoi quand elle aperçue enfin une espèce de tiroir au pied de la machine. Trop heureuse (et surtout pressée) d’avoir enfin trouvé un soupçon d’indice, elle se dépêcha de tirer sur la poignée comme une forcenée jusqu’à ce que celui-ci se décide à s’ouvrir dans un grincement métallique. Le coffret était là. Exactement comme la description du fantôme. Viriginia le saisit sans attendre et allait pour repartir vers la trappe quand elle se retrouva nez à nez avec… Mrs Umney, plus ridée que jamais.

    “Miss Virginia, fit la domestique d’une voix doucereuse. Vous êtes-vous perdue ?

    -Aucunement
    , lâcha simplement la jeune fille sans perdre son sang-froid, la boite cachée dans son dos. Je m’apprêtais à redescendre.

    -Tsss Tsss, c’est très vilain de fouiner dans les affaires des autres. Vous ne trouvez pas ?
    demanda la vieille en avançant doucement.

    -J’ai cru comprendre que vous vous accapariez beaucoup de choses également, fit Virginia sans se laisser impressionner.

    -Le fantôme de Canterville…, soupira la vieille domestique dont les yeux virèrent au noir profond. Une si bonne histoire pourtant. Des siècles d’efficacité !

    Alors qu’elle continuait d’avancer, ses bras commencèrent à s’allonger et ses ongles se transformèrent en longues griffes noirs. Une langue pointue sifflait entre les lèvres de la vieille gargouille.

    -Il faut savoir vivre avec son temps, Mrs Umney, fit la rousse avec un air de dédain. Les histoires sont bonnes pour les enfants...

    Avant de se saisir d’un drap poussiéreux et de le jeter à la face monstrueuse qui s’emmêla dedans, aveuglée. Virginia ne perdit pas de temps et se précipita vers la trappe avant de la refermer à clé, dévaler les escaliers et fermer la porte de nouveau. Elle ne prit pas le temps de souffler et poursuivit sa course dans l’escalier de service sur deux étages avant de retrouver le spectre qui l’attendait, fébrile.

    « Vous l’avez ?

    -Oui
    , fit Virginia à bout de souffle en montrant le coffret en bois. Mais dépêchons-nous, je ne pense pas que des portes fermées la retiendront bien longtemps.

    -Très bien
    , fit le fantôme, nerveux. A l’intérieur de cette boite, il y a un collier : passez-le à votre cou. Vite !

    La jeune fille ne réfléchit pas plus et passa le vieux collier de rubis qu’elle trouva. Elle pensait qu’il se passerait quelque chose dans l’instant mais… rien.

    -C’est tout ? S’étonna Virginia, toujours nerveuse.

    -Non… fit faiblement le Canterville. Je… fatigue… Il faut…prendre ma main et… Imaginez l’endroit que je vais vous décrire… Très… Important.

    Lorsque Virginia se saisit de la main de l’ectoplasme, elle ressentit comme une étrange chaleur, très faible.

    -Un… jardin... lumineux… commença le vieil homme en se tenant les côtés, le visage tordu de douleur. Des herbes longues…bleues… Des fleurs, des tas….Blanches… Ciguë…

    -Faites vite !

    -Un rossignol
    , continua le spectre à l’agonie. Et… des ifs… Pleins d’ifs… Partout !

    Tant bien que mal, la rouquine ferma ses yeux aussi forts qu’elle put et essaya d’imaginer le fameux jardin que lui décrivait son étrange ami. L’enfant imaginait le soleil lui caresser les paupières, le chant du rossignol, le parfum des fleurs et la sensation de l’herbe grasse sous ses pieds. Il lui semblait entendre le vent souffler dans les branches des arbres. Elle sentit une vague immense la saisir jusqu’au cœur et la soulever de terre. La main molle du spectre était serrée dans la sienne. Un tourbillon de chaleur l’attrapait au cou et la ballotait doucement. Soudain, elle toucha brusquement le sol en s’écroulant de tout son poids dans l’impact, au milieu des herbes hautes, et bleues.

    Lorsque Virginia trouva la force de se relever, l’estomac noué, elle se retrouva aveuglée par la lumière étincelante du ciel. Elle plissa les yeux et ne parvint qu’à distinguer…

    « Du verre ? » s’étonna-t-elle en commençant à examiner les alentours.

    L’endroit était exactement ce que lui avait décrit le fantôme. Des ifs gigantesques s’étiraient jusqu’à la voûte en verre, l’herbe était longue, d’un bleu profond, parsemée de fleurs blanches et le chant du rossignol se fit entendre, lointain. C’est alors que son regard qui scrutait l’horizon s’arrêta sur… un mur. Son esprit ne parvenait pas à comprendre comment une pièce pouvait contenir un paysage tout entier. Le vent lui caressant la nuque, elle frissonna et retrouva ses esprits. Canterville ? Où était-il ? Jetant des regards inquiets dans les hautes herbes, l’appelant au loin, elle ne vit rien jusqu’à une piste d’herbes couchées. Quelqu’un semblait s’être trainé là. Elle suivit la piste jusqu’à une porte métallique qui s’ouvrit à son approche, la faisant reculer de surprise. L’humanité n’en était pas encore à inventer les portes automatiques… Prudemment, elle fit un pas, puis deux jusqu’à passer le seuil pour se retrouver dans un couloir tapissé de longs tuyaux en tout genre, pleins de toiles d’araignées. La piste se poursuivait dans la poussière sur le sol. Virginia distingua même une trace de main.

    « Notre fantôme n’est plus translucide on dirait », murmura la jeune fille avant de reprendre doucement son chemin jusqu’à une seconde porte munie d’une grande manivelle mais elle était déjà entrouverte. Il y avait de la lumière, des bruits étranges. Elle entendait de l’agitation de l’autre côté. Ca ne pouvait être que lui ! Elle pressa le pas et poussa la lourde porte en métal. La pièce qui apparut devant elle la laissait sans voix. C’était absurde, cela dépassait tout ce qu’elle pouvait connaitre. Ses yeux s’arrêtait sur chaque détail et ses oreilles avaient peine a suivre ses bruits bizarre tout autour d’elle. Virginia s’avança sur une coursive qui menait à un bloc central. Canterville se cramponnait comme un désespéré à celui-ci en gémissant de douleur. Il n’avait plus du tout des airs de fantôme. Juste un vieillard en haillons. La jeune fille se précipita à ses côtés pour l’aider à se tenir debout mais il la repoussa violemment avec râle profond.

    « LAISSEZ MOI ! s’écria-t-il. LAISSEZ MOI MOURIR ! hurlait-il en agitant les mains comme un fou.

    -Mourir ? paniqua Virginia. Non ! Dites-moi ce que je dois faire !

    -A… Attendez… Il va venir…
    , dit-il faiblement avant de glisser de tout son long sur le sol.

    Il perdait l’esprit. Tout était fichu. Virginia était partie on ne sait où avec un vieillard dégénéré. Elle allait mourir ici avec lui. Désespérée, elle continuait de poser des questions au mourant :

    -Qui est ce “Il” ? demanda-t-elle en tombant à genoux auprès de Canterville, en larmes.

    -C’est… moi… un autre… Eloi…

    -Oui ?

    -Eloignez-vous
    , avertit le vieillard dans un souffle.

    Soudain la peau de l’homme commença à briller de mille feux. Comme si le corps commençait à brûler de l’intérieur. Virginia se précipita vers une coursive pour s’éloigner de lui quand l’explosion envahit toute la pièce. Sous l’onde de choc, elle trébucha et dût se trainer aussi vite qu’elle pouvait jusqu’à la porte et se réfugier dans le couloir. Elle referma la porte en poussant de tout son poids et se recroquevilla sur le sol, en attendant la fin, ses larmes se mêlant à la poussière.

    --------------------------------------------

    PART II : La Duchesse dans les étoiles


    Quelques minutes plus tard, le vacarme assourdissant et les tremblements cessèrent enfin. La jeune fille osa se relever, lentement, et ouvrit la porte avec les forces qui lui restaient encore. La pièce était complètement enfumée, des étincelles par-ci par-là et le sol plein de traces noires de brûlures. Face à la fumée, Virginia couvrit son visage avec sa manche et s’avança doucement jusqu’à ce qu’elle entende un énorme bruit d’hélice. La fumée se dissipa en quelques instants comme aspirée par le plafond. La pièce semblait alors comme neuve avec un jeune homme en haillons en train de triturer ça et là des leviers et des boutons. Il jeta un regard furtif sur elle et lui sourit :

    « La petite Virginia ! Comment allez-vous ? Pas trop barbouiller ? demanda l’inconnu d’un ton badin.

    L’adolescente le regardait avec des yeux ronds.

    -Qui… êtes-vous ?

    Il la regarda de nouveau avec un large sourire :

    -Le même que précédemment voyons ! … Enfin… Quoique… dit-il, doutant soudain de lui-même, avant de regarder son reflet dans une paroi métallique. Ah ! Beaucoup plus jeune, oui… Et moins malade : cela va de soit…

    Toujours plus dépassée par ce qu’elle était en train de vivre, Virginia trouva tout juste la force de s’appuyer sur une rambarde pour ne pas flancher. Elle scruta l’inconnu longuement sans mot dire jusqu’à ce qu’elle parvienne à ouvrir la bouche :

    -Quelle est la couleur que vous avez volé en premier dans ma boîte de peinture ? osa-t-elle demander, craignant presque la réponse.

    -Le rouge Vermillion, répondit-il du tac au tac en poursuivant ses manipulations mécaniques. Je vous rachèterai une jolie boîte à peinture pour me faire pardonner, ajouta-t-il en lui souriant. Je vous dois la vie, Virginia.

    La jeune fille resta silencieuse encore quelques minutes puis reprit :

    - Où sommes-nous ?

    -N’ayez crainte
    , fit le très jeune « Canterville ». Vous êtes dans mon vaisseau. Canterville vous ramène à la maison…

    -Vous n’êtes pas Lord Canterville
    , fit Virginia en l’observant toujours avec attention. Et vous n’êtes pas non plus… humain.

    -Vrai et vrai !
    s’exclama le jeune homme toujours plus enthousiaste.

    -Alors quel est votre vrai nom ?

    -Canterville suffira amplement pour aujourd’hui
    , fit le jeune homme avec un sourire de malice. Vous n’avez pas besoin de savoir comment je m’appelle, Virginia

    -Pourquoi ?
    s’exclama la rouquine, un peu vexée. Êtes-vous un fugitif ?

    - Rien de tout ça, non
    , n’avoua-t-il. Seulement je vois ce qu’il y a dans votre regard. J’ai eu le temps de vous observer lorsque j’étais chez vous. Vous vous demandez déjà où peut bien aller ce vaisseau, vous n’êtes pas même effrayée parce que cela pourrait être… Vous aimez le danger Virginia, ne me dites pas le contraire.

    Ils se fixèrent quelques instants, sans rien dire, puis il reprit :

    -Je ne peux pas me permettre d’attiser cela en vous… Je ne peux pas… Je ne me le pardonnerai jamais s’il arrivait quelque chose…

    -Vous n’êtes pas dans ma tête, Canterville. Je vous interdis d’imaginer ce que je peux bien penser. Cela me regarde
    , répliqua sèchement la jeune fille pâle.

    -Je vais vous ramener chez vous alors, fit le jeune homme, pensif. Et je vais botter les fesses de cette satanée Mrs Umney, ajouta-t-il avec agacement.

    Virginia voulut alors s’approcher de lui mais ses jambes restaient immobiles et tremblantes. Se sentant soudain très faible, elle eut une terrible douleur au côté droit. L’adolescente eut tout juste le temps de voir une grande tache de sang sur sa robe et elle s’écroula sur le sol, dans les vapes. Mrs Umney l’avait griffée. Dans le feu de l’action, elle ne s’en était pas aperçue. La dernière chose qu’elle vit c’était le jeune « Canterville » penché au-dessus d’elle, flou, en train de lui parler, mais elle n’entendait rien. Elle sombra.

    Lorsqu’elle retrouva ses esprits, Virginia était au fond de son lit, dans sa chambre à Canterville Chase. Tout le monde était très inquiet. Elle avait disparue pendant de très nombreuses heures. Son père et le duc de Cheschire avait même organisés une battue dans le parc et aux alentours. On l’avait retrouvé inconsciente allongé dans un sofa de la bibliothèque avec un coffret en bois entre les mains avec un collier de rubis à l’intérieur. Personne ne sut jamais ce qui s’était passé, elle ne voulut jamais en parler. Tout le monde raconta qu’elle avait chassé le fantôme des Canterville et l’histoire fit le tour de toute la bonne société anglaise. Virginia resta alitée quelques jours, elle n’avait aucune marque de griffure sur le côté et personne n’avait jamais entendu parler d’une gouvernante appelée Mrs Umney. Tout semblait être rentré dans l’ordre. Lorsque Virginia retourna dans la bibliothèque, elle trouva les fameuses inscriptions dont avait parlé Canterville sur un des murs. Il était inscrit en lettres d’or :
    « Quand la fille aux cheveux de feu aura arrachée
    Les rubis aux mains de la gargouille enragée
    Quand l’if stérile aura repris ses charmes
    Et qu’un petit enfant aura donné ses larmes
    Alors, cette maison redeviendra tranquille
    Et la paix reviendra sur les Canterville. »

    Virginia ne savait trop quoi penser de ces mots et de qui ils provenaient. Seul le Canterville aurait pu lui répondre. Elle se trouvait étrange d’être si désespérée de ne pas le revoir, elle qui s’était donnée tant de mal pour l‘aider à partir.

    Les heures, les jours, les mois puis les années passèrent. Miss Virginia Otis fût mariée cinq ans plus tard à celui qui l’avait aimé dès les premiers instants : le duc Cecil de Cheschire. La jeune femme fût présentée à la Cour lors de la première réception de la reine, à l’occasion de son mariage et son collier de rubis fit l’admiration générale. Puis elle reçut la couronne ducale. Tout le monde trouvait le couple charmant, ravi de voir qu’ils étaient amoureux comme personne. Mr Otis, tout comme le reste de la famille, était extrêmement fier de sa fille.

    Quand la lune de miel fût passée, le couple alla faire un tour à Canterville Chase. Ils s’y promenèrent et Virginia alla déposer des fleurs blanches dans la petite chambre de bonne où elle avait trouvée le Canterville bien des années auparavant. Elle resta là quelques instants à se remémorer ses instants si étranges et si captivants à la fois avant de retrouver son mari pour rentrer chez eux. Sur le chemin du retour, le duc prit la main de sa femme avant de lui sourire avec tendresse :

    « Virginia, une femme ne doit pas avoir de secrets pour son mari.

    -Je n’ai aucun secret pour ton, mon cher Cecil !

    -Mais si tu en as un
    , répondit-il. Tu ne m’as jamais dit ce qui t’es arrivée lorsque tu as disparue avec le fantôme.

    -Je ne l’ai jamais dit à personne
    , dit gravement Virginia.

    -Je le sais mais tu pourrais me le dire à moi. N’est ce pas ?

    -Je t’en prie, ne me le demande pas, Cecil. Je ne peux pas te le dire. Pauvre lord Canterville ! Il m’a fait voir ce qu’est la vie, ce que signifie la mort… »


    Elle se retint de dire « l’aventure » de justesse. Le duc lui sourit avant de l’embrasser.

    « Tu peux le garder ton secret tant que j’ai ton cœur, murmura-t-il. Mais peut-être le diras-tu un jour à nos enfants ? »

    Virginia ne dit rien et préféra répondre au sourire de son mari.

    Les saisons défilèrent de nouveau dans un tourbillon fou. Les années qui suivirent le mariage de Cecil et Virginia furent des plus exaltantes pour la jeune femme. La duchesse ne se priva pas le moins du monde pour parcourir le monde en toute occasion et pour n’importe quel prétexte. Elle fit un tour en Afrique ou elle manqua de peu de se faire tuer par quelques tribus indigènes, s’autorisa à faire un détour par les Indes où un tigre s’est réussi de peu à la croquer, ensuite la Chine puis se décida pour une cure thermale dans le sud de la France avant d’entamer une ascension des Alpes. Puis la duchesse prit quelques vacances en Italie avant de retourner en Angleterre pour finalement commencer à découvrir l’Amérique du Sud puis les îles. A chaque fois qu’elle rentrait de voyage, c’était un véritable événement. Chacun la voulait en invitée de marque lors des soirées et des dîners. On voulait tout savoir des mystères et des dangers qui se cachaient partout sur la Terre et Virginia se faisait toujours une joie de conter ses aventures, plus passionnée que jamais. Le duc acceptait avec plus ou moins d’enthousiasme les excentricités de sa femme, ses envies de voyages et ses absences répétées quand les affaires le retenaient en Angleterre. A l’aube de ses trente ans, Virginia ne lui avait toujours pas donnée d’enfant. On commençait à jaser sur le couple de Cheschire. Cecil supportait de moins en moins cette situation. Au fil des ans, l’amour s’était effiloché et laissait de plus en plus de place au vide, au silence.

    En décembre 1883, le couple fût invité pour une soirée avec tout le gratin londonien habituel. Virginia venait de rentrer de voyage en Amérique du Sud. Tout le monde attendait avec impatience son récit. Arrivés au milieu des autres invités, le couple ne laissait rien paraitre de leurs tensions. Fichtre ! Ils sont anglais, voyons. On garde la tête haute en toute occasion. Tout le monde était ravi, le champagne pétillait dans les coupes, la lumière des bougies était doré et douce et un grand feu ronflait dans la cheminée de la grande salle de réception. Assise dans une méridienne, entourée de quelques amis, connaissances et autres curieux : Virginia leur racontait ses folles aventures au Nouveau Monde. Elle leur parlait avec passion des couleurs de l’Amazonie, des oiseaux exotiques, des crocodiles qui dormaient dans le limon du fleuve, de la taille fantastique des arbres, leurs racines plongeant profondément dans l’eau. La jeune femme semblait revivre chaque seconde de son voyage et les yeux alentours pétillaient d’excitation. Elle leur racontait ensuite comment elle était remontée jusqu’au Mexique pour admirer les vieilles cités incas et aztèques quand la maitresse de maison du jour fit tinter son verre à l’aide d’une cuillère pour attirer l’attention de ses invités.

    « Mes amis, fit la dame d’un ton guilleret. Je crois qu’il est temps de laisser les conversations mondaines pour le divertissement que je vous ai concoctée ce soir, dit-elle sur un ton mystérieux. Vous savez comme notre époque est friande de surnaturel et autres histoires surprenantes. C’est pourquoi, j’ai le plaisir d’accueillir pour vous ce soir : la célèbre médium italienne Eusapia Paladino. Faites lui triomphe mes amis car ce soir elle va vous étonner ! fit-elle toujours plus enthousiaste avant d’applaudir bien fort suivie par le reste de l’assistance.

    Une amie de Virginia se pencha a son oreille en lui murmurant :

    -Quelle joie… Encore le spectacle de quelques bonimenteurs. C’est ridicule, vous ne trouvez pas ?

    Le duchesse lui jeta un regard amusé, il est vrai que Virginia avait bien du mal à donner du crédit aux gens qui s’amusaient avec le surnaturel. La médium entra dans la pièce avec un air des plus solennels avant d’aller s’installer à une table. Elle murmura à l’oreille d’un homme qui était venu à sa suite et celui-ci s’adressa à l’assistance :

    -Seniora Paladino a besoin de quelques volontaires afin de rentrer en contact avec l’au-delà. Qui osera approcher ?

    Virginia se retint de rire quand elle croisa le regard de Cecil qui lui jetait un regard noir. Elle savait très bien ce que cela voulait dire. Elle lui fit un petit sourire mutin et s’avança vers la table sans crainte. Tout le monde commença à murmurer sur son passage. La rousse fût rapidement suivie par deux femmes et un homme qui semblaient prendre tout cela autant à la plaisanterie qu’elle. Ils s’installèrent à la table, encadrant de chaque côté la medium qui les invita à joindre leur mains. On souffla quelques bougies afin que seul l’âtre de la cheminée éclaire la pièce avec des vacillements étranges. La Paladino respira profondément et ferma les yeux pour se concentrer. Après quelques minutes de silence, la femme se mit à trembler comme un diable avant d’ouvrir des yeux révulsés. Plusieurs femmes eurent des cris de terreur à sa vue. La médium se mit à grogner comme un animal et Virginia lui jeta un regard perplexe, ne sachant trop où était l’arnaque. Elle ne pouvait s’empêcher de retenir son souffle. La femme en transe tourna brusquement son visage en direction de Virginia et se mit à lui aboyer des paroles en italiens que s’empressait de traduire son acolyte resté près d’elle :

    « L'uomo di molte vite! Il fantasma! E 'il paradiso ! Veloce, così veloce!


    -L'homme aux multiples vies... Le fantôme...revient du ciel...Vite, très vite...



    Puis la femme se mit à parler tellement vite que l’homme ne parvint plus à comprendre ce qu’elle disait. Elle ne reprenait même pas son souffle. Tout le monde avait le yeux rivés sur Virginia qui restait droite, immobile sur sa chaise. Elle serrait les dents de toute ses forces. Ayant quelques rudiments d’italien, compris quelques bribes mais elle savait pertienement à quoi la médium faisait allusion. Il avait des années qu’elle n’y pensait plus. Jusqu’alors tétanisée, Virginia se leva brusquement, rompant le cercle des mains jointes. Le silence retomba brusquement dans la pièce bondée d’invités. Jetant un regard noir à la médium, Virginia lui lança sans déserrer les dents :


    “Je n’apprécie pas beaucoup qu’on se moque de moi”, dit-elle, furieuse, avant de quitter sa place et de traverser la pièce en fendant la foule silencieuse puis passer la porte vers la sortie.


    Elle récupéra son manteau et son chapeau avant que son mari n’arrive vers elle, excédé :

    -Il me serait agréable que tu évites ce genre de coup de sang en public, Virginia, lui lança le duc. Tu as fais un scandale pour… pour une bohémienne qui t’a fait un tour ! Comment tu peux prendre cela au sérieux ?

    -Tais-toi, Cecil
    , répliqua la rousse en le fusillant du regard. Toi non plus tu ne sais pas de quoi tu parles. On s’en va, dit-elle simplement avant qu’un valet ne lui ouvre la porte d’entrée.

    Ils montèrent dans leur berline et ils repartirent en silence vers la campagne et leur château. Ce château si grand pour seulement deux personnes solitaires. Après plusieurs minutes de silence, Virginia frappa avec la canne de Cecil contre la paroi de bois pour interpeler le cocher :

    « Direction Canterville Chase, je vous prie.

    -Qu’est ce que tu fais, encore ?
    demanda le duc en jetant un regard incrédule vers la jeune femme.

    -Je dors à Canterville ce soir. Vous rentrez seul.

    Toujours plus énervé, Mr de Cheschire se retint de lui hurler des insultes au visage et serra autant que possible sa mâchoire pour se taire. A peine la voiture s’engagea dans l’avenue de Canterville Chase que Virginia fit arrêter le cocher et descendit à pieds joints avant de claquer la portière. Elle s’emmitoufla dans son manteau et commença à remonter l’allée, ne laissant que la trace de ses pas dans la neige qui commençait à tomber.

    Elle alla toquer à la porte des quartiers des domestiques pour qu’on lui ouvre la porte et on l’installa dans son ancienne chambre d’enfant. La bonne termina de faire son lit, l’aida à se déshabiller et la laissa seule. Virginia vint s’asseoir à sa coiffeuse et examina avec nostalgie les divers objets qu’elle avait laissés ici. Le coffret en bois était toujours là et son collier de rubis aussi. Elle repensa alors à l’époque où elle était revenue de son étrange excursion avec le mystérieux Canterville. La jeune fille avait bien évidemment essayé de recommencer ce tour qu’ils avaient fait avec le collier en s’imaginant ce paysage fantastique enfermé entre quatre murs. Elle repensa à cette herbe bleue et aux grands ifs qui montaient jusqu’à la voûte de verre. Mais rien. Le collier ne semblait pus rien avoir de magique. Il restait pourtant splendide, inaltéré. Virginia le passa à son cou en caressant les rubis, pensive, ses longs cheveux roux lâchés sur ses épaules blanches. Où était-il à présent ? pensa-t-elle. Son mystérieux ami…

    C’est alors que le vent sembla souffler davantage au dehors, faisant trembler les vitres avec force. Virginia entendu des bruits étranges venant du parc. Un frisson lui parcourut le dos. Elle se précipita à sa fenêtre et jeta un regard entre les rideaux. Une lumière aveuglante perçait à travers les branches des arbres. Sans attendre elle passa sa robe de chambre et attrapa une lampe à l’huile avant de quitter la pièce. Elle courut à travers les couloirs sombres du manoir endormi et dévala à toute vitesse les escaliers comme si sa vie en dépendait. Le jeune femme, arrivée au rez-de-chaussée, se précipita dans la salle à manger et ouvrit en grand la porte fenêtre, laissant le vent glacé s’engouffrer à l’intérieur en faisant claquer les rideaux comme des étendards. Sans se retourner elle courut sur la terrasse, dévala de petits escaliers gelés et couru dans la neige vers la grande lumière. Un sourire étrange se dessina sur son visage. Son cœur battait si fort qu’il était prêt à rompre. Rien ne pouvait arrêter la jeune femme. Elle continua sa course sans faiblir pour arriver enfin là d’où la lumière étrange provenait. Ses yeux étaient aveuglés mais elle distinguait une silhouette, très nette. Le vent faisait couler de petites larmes aux coins de ses yeux.

    « C’est vous ? s’écria-t-elle. C’est bien vous ? »

    Cela ne pouvait être que lui, elle en était sûre.

    « Ô mon vieil ami, dit-elle en commençant à sangloter. Vous êtes revenu… C’était il y a si longtemps !... soupira-t-elle en touchant instinctivement le collier de rubis qui était encore à son cou.

    « J’ai tant voyagée pour ne plus penser à vous… J’ai vu tant de mers et de contrées lointaines… Mais cela ne me suffit jamais… Et… Je suis si seule… Je vous en prie : emmenez-moi ! s’exclama-t-elle en tendant une main blanche dans sa direction.

    Tandis que les larmes commençaient à brouiller sa vue, Virginia ne savait plus si elle tremblait de froid ou de joie.

    To be continued…






♦♦ AND YOU, WHO ARE YOU

• Prénom/âge/sexe; Romain / 23 ans (24 dans une semaine wouhou ><) / un mâle, un vrai, un tatoué (ou pas !)
• Région; Ouest de la France
• Fréquence de connexion; 5/7
• comment as-tu découvert le forum ? en tapant sur google "doctor who forum rpg" c'est aussi bête que ça ^^
• Double compte; aucun
• Code du règlement; Validay par Amy I love you.
• Autre chose ? Nope, ça fait des lustres que je jette un œil à votre forum sans me lancer !!! Mais là j'ai des idées et je ne peux pas résister davantage  Razz


Dernière édition par Virginia Otis le Lun 30 Juin 2014 - 14:35, édité 10 fois
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MessageSujet: Re: Virginia Otis ~ Do you like ghost stories?   Sam 28 Juin 2014 - 0:30



Bienvenue chez nous finalement alors ! \o/
Si tu as des questions n'hésites pas à venir nous harceler, on se fera un plaisir de t'aider; bonne chance pour le reste de ta fiche

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MessageSujet: Re: Virginia Otis ~ Do you like ghost stories?   Sam 28 Juin 2014 - 2:19

Bienvenuuee! =) Si tu as des questions, n'hésites pas ^^

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MessageSujet: Re: Virginia Otis ~ Do you like ghost stories?   Sam 28 Juin 2014 - 17:36

Bienvenue!
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MessageSujet: Re: Virginia Otis ~ Do you like ghost stories?   Sam 28 Juin 2014 - 20:06

NOUUUUUUVEAUUU . Salut toi, t'a bien fais de poser tes bagages chez les fous, tu seras pas déçu . Bienvenue ici et si t'a des questions, n'hésite pas . Bonne continuation pour ta fiche  .

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MessageSujet: Re: Virginia Otis ~ Do you like ghost stories?   Dim 29 Juin 2014 - 20:42

Merci beaucoup pour votre accueil ! Very Happy Je vais me dépêcher d'écrire ma fiche dans les temps. J'espère que je ne vous décevrai pas !  (Un tel enthousiasme de la part d'Amy Pond ne peut que me réchauffer le coeur !  ...Non je ne suis pas fan du personnage... Je ne vois pas de quoi vous voulez parler ! Razz)

EDIT : Fiche bientôt terminée !!!  
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MessageSujet: Re: Virginia Otis ~ Do you like ghost stories?   Lun 30 Juin 2014 - 17:58

Ohlàlà, I like me some ghost stories !

J'ai kiffé. Tu as magnifiquement bien transposé le conte dans le Whoniverse Et ta façon d'écrire est très romanesque, je me suis ennuyé à aucun moment   


“ welcome in the game !

Félicitations, ton personnage est validé ! Tu peux désormais commencer le jeu en créant tout d'abord tes fiches de topics et de liens, en remplissant bien ton profil et en faisant recenser ton avatar ici. N'oublie pas de nous prévenir en cas d'absence, ici. Si tu as la moindre question ou réclamation à faire, adresses-toi aux administrateurs et modérateurs, ils se feront une joie de te répondre. Bon jeu à toi !

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MessageSujet: Re: Virginia Otis ~ Do you like ghost stories?   Lun 30 Juin 2014 - 18:23

OUIIIIIIIIII !!!!  mouton 

Trop heureux d'avoir relevé le défi ! C'est la première fois que je tente le rpg sf et Whovian en plus Razz
Merci beaucoup pour ces compliments, Mendax ! Virginia est née de mes lectures de nouvelles d'Oscar Wilde   

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MessageSujet: Re: Virginia Otis ~ Do you like ghost stories?   

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Virginia Otis ~ Do you like ghost stories?

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